Posté le 05.04.07 | suite >
NANDI HILLS
On est au cœur de la saison sèche. Il fait 36°C la journée, mais c’est à peine si on transpire. L’air est saturé de poussières. On entend parfois la branche d’un cocotier, parvenu au dernier stade de la déshydratation, s’effondrer en fracas dans la cour d’une maison. Les ventilateurs tournent à plein régime et les affaires sont au plus bas. Les gens se terrent à l'intérieur, autant qu’ils peuvent. Tout le monde attend les premières pluies. Plus une goutte d’eau n’est tombée depuis près de quatre mois, bien avant que j’arrive ici.
Cela ne m’a pas empêché de partir, avec mon ami Roshan, en excursion à Nandi Hills, une petite chaîne de montagnes à soixante kilomètres au nord de Bangalore. Nandi Hills, c’est un peu le Salève de Bangalore. Le seul massif visible, par temps clair, depuis la ville. Le paradis des Bidochons en week-end. A peine un temple moribond. L’endroit idéal pour se la jouer incognito. Arrivés au sommet, nous nous ruons d’ailleurs sur l’Hôtel Ranjitha, pour nous offrir quelques délicieux rafraîchissements. J’ai longtemps hésité entre le choco baa et le mango moon, puis, finalement, on a laissé tomber les glaces.
Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Nandi Hills est une belle cime, révélant des panoramas grandioses. Ce n’est pas non plus une colline anodine. Elle a su, par le passé, attirer des visiteurs prestigieux. Le Mahatma Gandhi et le Pandit Nehru en personnes y auraient effectués des séjours. Tipu Sultan y avait installé un campement de retraite. Rien de bien affriolant, à peine plus confortable que l’Hôtel Ranjitha, dirons-nous. Mais tout de même, de quoi aisément remplir la rubrique historique du visiteur inquiet de donner le meilleur tour à ses moments d’oisiveté.


Tipu Sultan est le héro mal aimé de la région. Il fut l’un des derniers monarques indiens de la Péninsule à résister aux Anglais, avec l’aide de la France, tout à la fin du XVIIIe siècle. Le seul truc qui est rageant, c’est que ce n’est même pas un gars de la région. Il y est né, mais sa famille était originaire du Panjab, raison pour laquelle il n’est guère célébré aujourd’hui parmi les Kannadigas (les gens du Karnataka, voir notre poste du 29 mars).

Sur la route qui nous mène au sommet, le contraste entre le rouge des arbres en fleurs et l’écorce blanche des eucalyptus est saisissante. C’est étonnant comme cette saison sèche profite aux fleurs des arbres, en pleine effervescence. Actuellement, se sont les Gulmohar (en rouge) et les Jakanda (en lilas) qui occupent le devant de la scène. Etonnant aussi ce que ce paysage assoiffé est capable de produire d’oasis et de verdure.





Les singes, je les avais un peu oubliés, mais ils sont toujours là. Ils ont d’ailleurs failli profiter d’un assoupissement pour me kidnapper mon appareil Canon. Heureusement, Roshan est intervenu pour les chasser en criant. J’ai été attendri par deux vieilles copines, très câlines et timides. Un autre s’amusait à voler les papiers d’un rickshaw. Je suis toujours fasciné de voir des singes en liberté. C’est vraiment troublant. J’essayais d’attirer leur regard vers l’œil de l’appareil en faisant des claquements de langue. Mais ils évitent de regarder, et je me suis souvenu que pour les singes, comme pour beaucoup d’autres animaux, parmi lesquels l’homme, le fait de fixer du regard est un message d’agression.




De retour à Bangalore, par l’autoroute six pistes d’Hyderabad, on passe ce qui sera le prochain aéroport international de Bangalore, un monstre de 1'600 hectares, dans lequel ont notamment investi Unique, l’aéroport de Zurich, et Siemens. Bientôt, Nandi Hills sera à portée de supermarché. |