Posté le 15.04.07 | suite >
UN HORIZON SANS PERMANENCE
Il est 19h40. La nuit s’est définitivement installée. De mon balcon, je vois une demi portion de la ville, une traînée de lumières, du sud au nord. Il y a 14 ans, la première fois que je suis venu à Bangalore, pratiquement aucune de ces lumières n’existait. Il y avait alors un lac, Kacharakanahalli Kere, et, à l’horizon, un terrain vague parsemé de rares habitations. Aujourd’hui, le lac a été asséché, probablement dans l’intention d’être converti en zone d’habitation pour le genre d’appartements que j’occupe. Le terrain vague a cédé la place à un enchevêtrement de ruelles, de klaxons et de destins divergents. Qui sait, d’ici vingt ans, rien de tout cela n’existera plus.

Bangalore, comme la plupart des grandes villes d’Asie, vit dans l’impermanence perpétuelle. Ici, tout peut être rasé pour construire à neuf, car rien n’est jugé trop vital. La vie est partout. Ce ne sont pas les pierres, mais les besoins capricieux des hommes et des femmes qui dictent l’agenda. Dans l’urgence, face à la profusion des naissances, l’organisation humaine a pris le dessus sur l’architecture et l’histoire. Le seul obstacle est d’ordre légal. L’acquisition de terrain donne lieu à des batailles juridiques interminables, comme de bonne guerre en démocratie.
Vijay Mallya, quadra basé à Bangalore et président de la principale fabrique de bières indienne, Kingfisher (deuxième plus gros brasseur au monde), est un personnage facétieux sans cesse entouré de beautés indiennes, qui s’est récemment payé une compagnie d’aviation, Kingfisher Airlines: on ne sait pas si le pilote carbure à la bière, mais ce qui est sûr, c’est que les hôtesses ont les jupes les plus courtes de toute l’aviation indienne. Cet individu riche aux goûts douteux, bien que sympathiques, s’est offert un quartier au centre de Bangalore, UB city (United Breweries), où trône une imitation de l’Empire State Building à New York. Il a suffit d’aplatir quelques habitation insalubres.

Bangalore est un agrégat de villages et d’occupations hétéroclites, où les bâtiments vitreux des compagnies en vogue côtoient les vaches à traire, dans un amoncellement de richesses mal cultivées, d’espoirs éperdus d’une vie meilleur et d’étrangers à l’avenir incertain. Qu’importe. Les passés, les histoires, les maisons coloniales, le style prédominant, trois étages, terrasse comprise, rose, vert, jaune ou blanc, la nouvelle richesse clinquante, tout peut être effacé, pour céder la place, demain, à un avenir plus festif.

















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