Wikipedia place Bangalore au troisième rang des villes indiennes en terme de population, après Bombay et Delhi. Avec 7 millions d’habitants, la capitale du Karnataka, dépasse désormais Calcutta et Madras. Depuis deux décennies, elle a un des taux de croissance les plus élevés en Asie. Entre ma première venue ici, en 1993, et 2007, la population a doublé.

Cité militaire et maraîchère, Bangalore fait remonter son histoire au XVIe siècle, à l’époque de Kempe Gowda, un prince appartenant au royaume de Vijayanagar, l’un des derniers bastions hindous à résister à l’invasion musulmane et mogole.
Bangalore n’a pas grand-chose à offrir: pas de cours d’eau ou de lac naturel pour servir de repère. Peu de ressources naturelles. Deux facteurs ont favorisé son essor: une position stratégique unique au cœur du plateau du Deccan, réputé difficile d’accès, et un climat fantastique.
Le militaire
La région de Bangalore sera une des dernières à tomber dans l’escarcelle des militaires anglais, au milieu du XIXe siècle, alors que le reste de l’Inde est colonisé depuis plus d’un siècle. A leur tour, les Anglais décideront d’en faire une ville de cantonnement. Aujourd’hui encore, Bangalore porte les traces d’une division entre la cité ancienne, peuplée en majorité de Kannadigas (les autochtones du Karnataka), et le cantonnement où réside une population beaucoup plus mixte: travailleurs tamouls, chrétiens, indiens du Nord et expats en tous genre. Cette configuration a aujourd’hui explosé au vu de la croissance urbaine, mais il demeure une division assez nette, coupant la ville en une partie ouest, Kannadiga, et une partie est, cosmopolite.

Au lendemain de l’indépendance, le gouvernement central indien entend tirer profit de la position stratégique de Bangalore. Il y installe ses principales industries aéronautiques et électroniques. Bangalore possède aussi une longue tradition scientifique. Aujourd’hui, Bangalore est devenu le centre high-tech de l’Inde et de l’Asie du Sud. IBM est une des premières firmes internationales à ouvrir des usines à Bangalore, au début des années 80.
Le climat
Il ne fait jamais trop chaud ni trop froid à Bangalore, située à 950 mètres d’altitude. Rarement les hommes ont pu rêver d’un tel climat en plein tropique. Ici, où poussent le poivre et la cardamome, le café et les mangues, les Anglais découvrirent qu’on pouvait également cultiver la carotte, le melon et la vigne. Fait unique dans toute l’Inde. La ville est couverte d’arbres, d’où sa bucolique appellation de «Garden City of India».
L’année est divisée en trois saisons. L’hiver dure d’octobre à janvier. Il fait 26 degrés à tout casser la journée, 17-18 le soir. Ciel radieux. C’est juste le paradis. L’été arrive courant février. La température grimpe jusqu’à 35. Mais il fait sec. Et surtout, les nuits apportent une fraîcheur qui ne se dément pas. A partir de juin commence la saison des pluies. Bangalore bénéficie des deux moussons, celle venant de l’ouest, en juin-juillet, et celle de l’est, en septembre.
La ville est parcourue de plusieurs centaines de lacs artificiels, qui servent de réservoirs à eau et contribuent à rafraîchir l’air pollué. Mais, de plus en plus, ces lacs sont asséchés, recouverts, pour être servis en pâture à la frénésie immobilière.
Bangalore est une cité-chaos à la dérive, un des fleurons du post-capitalisme implanté en plein cœur de l’Inde éternelle. La ville la plus terrifiante et la plus attachante que j’aie connue. |